A la sortie du métro

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Un micro-texte à lire à 8h du mat’

Voilà des mois que la petite place n’a pas été aussi jolie. Le printemps tant attendu pointe enfin son nez : quelques touches de vert habillent les arbres, le soleil tend ses rayons encore engourdis par l’hiver tandis qu’une brise fraîche amène les premières fragrances du retour à la vie.

Il est tôt et la petite station de métro vomi son lot quotidien de parisiens à la gueule chiffonnée. Grisâtres, excédés par la promiscuité, suants et maussades, ils ne décrochent pas un mot, happés par la rumeur de la rue, les cliquetis de l’escalator, les cris épars et incompréhensibles, le froissement des journaux, la musique assourdie des artistes de rue.

Une voie trop haut perchée, venue du fond de la station, vient bientôt interrompre cette mécanique bien huilée :

– Ils sont incroyables les gens ! Incapables de te laisser sortir de là ! Et ça s’sert, et ça s’sert. Pathétique.

– Allez, haut-les-cœurs ! Regarde il a l’air, de faire beau dehors.

– Et ils n’arrêtent jamais de monter. Il tasse, il tasse ! Un jour, on finira par perdre en épaisseur !

Émerge alors sur l’escalator un jeune homme atypique. Il est coloré. Son pull rouge vif tranche avec nos amis du peuple gris. Le visage lisse, il tend son cou et offre son visage à la caresse du soleil et dit :

– Ah ce soleil sur le visage ! Comme c’est bon un peu de chaleur.

– Bien sûr c’est facile pour toi, tu es grand ! Tu ne passes pas tous tes trajets la tête nichée dans les aisselles crasseuses de ton voisin.

– Je boirais bien un verre en terrasse, je m’y vois déjà, étendu sur un transat, ce soleil qui me réchaufferait le visage et un p’tit Martini qui enflammerait mon estomac.

– Ah et ces gens qui font la manche, j’en peux plus. Tu as vu l’autre tout à l’heure. Dans la même phrase il a réussi à nous demander de l’argent et à traiter les parisiens de gros rachots sans cœur.

– Quand tu avais le dos tourné, je lui ai donné une pièce…

– Hum… Quoi ?

– Non rien.

– Si dit !

– J’en ai plein le dos je lui aurais bien rendu la monnaie de sa pièce.

– Tu m’étonnes !

– Regarde ! Une démonstration de capoeira, viens on y va.

– Ah non ! C’est chiant des mecs en pyjama blanc qui jette leurs pieds dans tout les sens.

– Tu ne sais pas apprécier la vie Martine.

– Ah, parce que pour toi apprécier la…

Théo n’écoute plus, tout juste un léger grésillement affleure à ses oreilles. Les yeux dans le vague, il a un peu perdu de son éclat. Le corps engourdi, il se laisse entraîner par la foule. Indifférente à sa soudaine mélancolie, elle le sert, l’étouffe, le presse de rentrer dans le rang. Bientôt, la petite ruelle l’avalera tout entier. En un ultime soubresaut, Théo se dévisse la tête pour attraper une dernière image de cette jolie place au pavés lisses et chaleureux bordée de platanes où 3 jeunes hommes volent et virevoltent en une danse aux accents martiaux qui distille le Brésil dans les rues de Paris.

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