Vous avez la montre, nous avons le temps

Afrique vue de l'espace
© 4free photos

Un micro-texte à lire en voyage.

Un proverbe béninois dit : « Vous avez la montre, nous avons le temps ».

S’il ne m’a jamais été donné de vérifier le proverbe  » tu vas pas nous en chier une pendule », j’ai profondément et intimement pu éprouver l’autre.

Derrière mes paupières clauses, je me revois  regarder le soleil se lever et rater mon train dont personne, pas même le chef de gare, n’a pu me donner l’heure de départ. Qu’importe, je ferais le trajet sur le toit d’un mini bus. 10h, qu’est ce que c’est dans la vie d’un Homme ? 10 longues heures de piste plus ou moins praticable, une poule sur les genoux et un homme qui ne cesse de rire en face de moi.

Je pense à mon père qui s’ébroue à 5h du matin les jours de départ en vacances et qui, mètre en main, s’interroge de longues minutes sur l’endroit où caser la vanity.

Au retour, du moins si nous arrivons à nous dépêtrer des embouteillages monstrueux qui nous ont avalés dés les premiers kilomètres, j’aurais un cours à lui donner sur l’art de savoir caser 17 personnes, 5 poules et des kilos de bagages dans un bus prévu pour 7.

Nos 3 km/h me laisse tout le loisir de contempler le jeune homme en short qui au bord de la 6 voies s’affaire à quelques centimètres des voitures, installant de grandes jarre de verre, station essence du bout du monde. Je le suis du regard jusqu’à ce qu’un bâtiment de béton brut me le cache. Je reporte alors mon attention sur la route, le trafic s’est éclairci et bientôt nous sortons de Cotonou. Devant nous, la nature intrépide et la piste de terre rouge. Le moteur peine, râle, s’étouffe. Des passagers sont descendus pousser notre amas de carrosserie. Quelques ahanements plus tard nous y sommes. Les hommes s’agrippent, hissés par les autres voyageurs.

Je sens la carlingue trembler sous mes doigts, je m’accroche plus fort, un peu crispée. J’ai peur de tomber. Le rire de mon voisin claque. Je le regarde, lui sourit et je sens l’ivresse. Les cheveux au vent, des larmes perlent au coin de mes yeux. Du coin de l’œil, je vois le paysage qui devient incertain, puis trouble, qui se fond en une bande de couleurs indistinctes.

Je respire à pleins poumons, je suis en vie. Je suis en Afrique.

Auto-stop : joie et danger
©gratisography
Publicités

2 réflexions sur “Vous avez la montre, nous avons le temps

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s