La loi du travail

En silence– Non mais c’est n’importe quoi mademoiselle, comme d’habitude. Allez sortez ! Sortez de mon bureau votre vue m’insupporte.

Adeline resta figée au centre de la pièce. Comme toujours le rouge lui était monté aux joues, la transformant en écolière prise en faute. Elle ouvrit la bouche puis la referma sans avoir dit un mot. Quand elle sentit deux petites larmes de rage perlées au coin de ses yeux elle fit demi-tour d’un seul bloc et quitta le bureau d’un pas vif. Elle serrait et desserrait les poings, la mâchoire crispée en se rendant aux toilettes du 5ème étage qui accueillaient régulièrement ses larmes. Sur le chemin, toutes les phrases qu’elle aurait pu dire se bousculaient derrière ses lèvres closes. Elle avait l’impression d’avoir avalé un hamster vivant qui lui labourait le ventre. Combien de temps encore allait-elle se laisser marcher dessus ? Combien de temps ?

C’est comme une griffe, je peux presque sentir la morsure cuisante des doigts imaginaires sur ma joue, déjà rouge de honte. Espèce de salopard ! C’est au tour de mes yeux de me trahir. La fine pellicule d’eau salée menace de déborder. Je me refuse à laisser paraître un énième aveu de faiblesse. La boule grossit dans ma gorge, je sais qu’il est déjà trop tard. Si je parle, je fonderais en larme. Alors je fais demi-tour le corps raide, trop raide ! Je sens mon dos qui craque et je m’oblige à ne pas boiter jusqu’à la porte mais à marcher dignement. Pourquoi je ne me contiens jamais ? Pourquoi je ne suis pas une sociopathe qui ne ressentirait rien et lui trancherait la gorge dans le parking. Non moi je suis du genre : « oui monsieur », « bien monsieur », « mais je vous en prie monsieur mettez-la moi bien profond », avec cette rancœur qui me ronge le bide, qui me détruit, qui me tient en laisse jusqu’à ce que j’abdique, yeux gonflés et morve au nez.

– Ah vous êtes là ! Encore en train de chialer ! Mais c’est pas vrai, c’est une seconde nature chez vous, ma p’tite Delphine !

-umm…

– Quoi ?

– …

– Mais je n’entends rien, articulez bon Dieu !

– C’est mdle…

– Hein ? Nan mais qu’elle est cruche. Vous n’êtes déjà pas bien jolie, si en plus vous êtes stupide ! Alllezzz on est une grande fille et on ar-ti-cule bien fort.

– C’est Adeline.

– Quoi ?

– Mon nom c’est Adeline.

– Mon petit vous croyez vraiment que je peux me souvenir des noms de toutes les bonnes femmes qui bossent pour moi… si encore vous étiez baisable mais même pas ! Regardez-vous on dirait que vous êtes sous corticoïdes depuis la naissance. Ah c’est bien par charité chrétienne que je vous garde. Vous devriez être reconnaissante d’autre serait moins sympathique que moi.

Adeline eu un hoquet de terreur lorsqu’il glissa son doigt le long de sa cuisse jusqu’à soulever sa jupe.

– Quoique dans le noir vous pourriez faire l’affaire…

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