Et en dessert ? Un « cuni » s’il vous plaît.

cunilingus prohibition - Flash Fiction
© Unsplash

La micro-nouvelle qui vous raconte l’art du sexe oral.

Un léger grattement résonna dans le salon silencieux. La lourde porte s’entrouvrit. Cachée par sa capuche, N. prit le temps de détailler son visage. Il avait les traits délicats, des yeux profondément enfoncés dans leur orbite, un nez long mais fin. Sa barbe était taillée courte et avec régularité. Il n’était pas à proprement parlé beau mais il n’était pas non plus repoussant. Pour la centième fois N. se demanda ce qui pouvait pousser un homme comme lui à faire ce qu’il faisait. Il était riche, respecté. Et il n’était pas hideux (son hypothèse la plus sérieuse). Il aurait pu se trouver, au pire, une belle femme intéressée, au mieux, une gentille femme qui l’aurait aimé. Au lieu de ça, il vivait seul dans cette immense villa dont le personnel, pour des raisons bien évidentes, était peu nombreux.

N. fit quelques pas dans le salon. A. referma la lourde porte derrière eux puis se tint immobile. Par expérience, il savait qu’elle avait besoin de temps.

N. balaya du regard la pièce, un peu par curiosité, beaucoup pour gagner du temps. Il avait le goût des riches qui l’ont toujours été. C’était cossu mais sans ostentation.

N. finit par se retourner.

– Comment procède-t-on?

– D’abord on dîne.

N. aurait voulu se montrer nonchalante, sûre d’elle, sulfureuse même mais la vérité c’est que ses mains tremblaient dans ses poches et qu’un immense soulagement l’envahit à l’idée qu’elle garderait encore un peu ses vêtements.

Elle se laissa guider jusqu’à une grande table en bois qui occupait une alcôve aussi grande que son appartement. Les mets s’entassaient sur deux bons mètres carrés. Le vin avait la robe d’une paire de lèvres pulpeuses. Il n’y avait pas de dessert. Ils mangèrent en silence en se regardant beaucoup.

 Lorsqu’ils furent rassasiés, A. prit délicatement la main de N., sa peau était d’une douceur incroyable. Il la guida jusqu’à une chambre aux lumières tamisées. Plein de pudeur, il se tourna et atténua encore la lumière afin qu’elle ne soit pas gênée par sa nudité. N. s’allongea, à la fois offerte et tendue. Sur le bord du lit, un serviteur invisible avait disposé deux bols : l’un plein de glaçons, l’autre empli d’un alcool ambré qu’on avait préalablement chauffé.

A. s’agenouilla face à elle. Il contempla un instant les poils drus et embrassa l’intérieur de ses cuisses. Lentement il se rapprocha savourant le goût de sa peau, la délicatesse de son intimité puis sa langue entrouvrit ses lèvres et il se glissa à l’intérieur de son sexe. Il alterna le chaud et le froid, l’intense et la déliquescence, la langue et les dents. Il sentit sa gêne se transformer en surprise, puis en feu et enfin en plénitude là où lui-même trouvait son plaisir.

Une fois rhabillés, ils savourèrent un dernier verre de vin, à la fois étrangers et intimes. N. plus sereine, osa les questions qu’elle avait sur le bout des lèvres depuis le début.

– Et tu ne demandes jamais d’argent ?

Il balaya de la main la pièce

– Pourquoi faire ?

–  Mais pourquoi le faire dans ce cas ?

– L’argent est la seule motivation que tu peux imaginer ? Pour moi c’est un art. Certains goûtent les vins moi je caresse le sexe des femmes…

– Pourquoi ne pas t’être marié avec une femme qui aurait le même… disons, passe-temps que toi dans ce cas ? Tu prendrais moins de risque.

– Quel est ton plat préféré ?

– Le plat !? Je ne sais pas. Mon fruit c’est la mangue.

– Et tu ne mangerais que ça ? Tous les jours ? Jusqu’à la fin de ta vie ? Pour moi c’est la même chose. Chaque vulve à une texture, une odeur, un goût particulier. Je n’aurais pas pu me satisfaire d’une seule et je ne pouvais pas demander à une femme d’accepter cela alors je ne me suis pas marié.

– Mais tu risques la prison, peut-être pire !

– Et je l’accepte. D’ailleurs, je remercie les vieux fous qui nous gouvernent. L’interdiction a toujours été le meilleur ami de ce qu’elle prohibe. Dis-moi N. m’aurais-tu offert ton corps à baiser si ton mari t’honorait déjà ?

La vrai actu : Ahmed Naji, l’écrivain égyptien qui a pris deux ans de prison pour un cunni

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