Par les liens sacrés du mariage

La micro-nouvelle qui vous conte le plus beau jour de votre vie ou pas…
Par les liens sacrés du mariage
©Kim Daniel Unsplash

Quand j’étais petite j’aimais beaucoup cette photo. J’étais une enfant contemplative et je pouvais passer de longues heures à tourner les pages des albums de famille, assise à même le sol du bureau de mon père. Invariablement je terminais mon examen minutieux par celle-ci. Je la sortais de sa protection plastique et tout en la contemplant j’en écornais les coins. Je détaillais un à un chaque personne, leur costume, leur visage. De gauche à droite s’étalait toute ma famille maternelle et paternelle. Je m’amusais de l’énorme moustache de mon grand-père A. et du strabisme de mon cousin K. C’est la seule photo où sont réunis les deux clans dont je suis issue. Comme vous, je ne connais la plupart d’entre eux qu’à travers ce cliché pris le jour du mariage de mes parents. Ma parentèle maternelle disparut aussitôt la dernière danse jouée.

Cette disparition et le refus de ma mère de répondre aux questions que je lui posais auréolèrent ce jour d’un mystère qui m’aimantait. Je prêtais à la bouche pincée de ma grand-mère ou au port raide de mon grand-père une négation de l’amour. J’inventais des tragédies romanesques dans lesquelles mes parents éperdus d’amour s’opposaient à la famille Capulet. Je rêvais d’histoires de jalousies entre sœurs, de tromperies et d’amoureux volés. Mais la réalité est souvent beaucoup plus sombre que l’imagination d’une petite fille.

La photo était prise de trop loin (ou étais-je trop jeune et naïve ?) pour remarquer le regard absent de celle qui aurait dû transpirer le bonheur.

On lève le voile

La vérité c’est que quelques semaines seulement avant la célébration, mon père s’allongea sur ma mère alors âgée de 13 ans. Il lui chuchota à l’oreille qu’il ferait tuer son père et sa mère si elle n’acceptait pas son vit au plus profond d’elle-même. Alors, comme suivant une loi de l’évolution gravée au fer rouge jusque dans nos gènes, elle se laissa faire. Inerte, elle attendit que cet homme fait, qui l’écrasait de tout son poids, fasse son affaire, suant et ahanant, lui violant la bouche de son haleine fétide. Seuls ses yeux se révoltèrent et débordèrent d’injures silencieuses. Ma mère ne put cacher son déshonneur à mes grands-parents. Une plainte fut déposée. Mon géniteur était un notable respecté. Il jura qu’elle s’était laissée séduire. Ma mère n’avait pas résisté, pas crié, elle n’avait pas de trace de coup et les mots de menace susurrés à son oreille s’étaient envolés dans la chaleur de cette nuit tragique. Les accusations d’une gamine de 13 ans ne pesèrent pas lourd et on proposa au bourreau un joli mariage et ma mère épousa son bourreau, mon père.

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