Fluctuat nec mergitur

La micro-nouvelle qui ne connaît pas la fin.
Démocratie
© Flash fiction

J’imagine ton cœur qui bat. J’imagine que si je le veux très fort il repartira. Derrière les portes tu te bats pour ta survie, pour un battement de cœur ou un souffle de plus. Ou peut-être que tu ne te bats plus, peut-être que tu es fatiguée de lutter pour un sursis si misérablement acquis et si furtif.

Moi aussi je suis fatiguée. Je suis fatiguée de ces attentes qui sont de plus en plus fréquentes pour un résultat de plus en plus dérisoire, si loin de mes espoirs. Des fois je me dis qu’il faudrait te laisser partir. Mais alors je pense à ce que serait la vie sans toi et ça me glace. Alors je les supplie de te sauver encore, de faire tout ce qu’ils peuvent, de te brancher à des machines s’il le faut, de te ramener contre ta volonté même, pourvu que tu me tiennes encore la main quand je regarde l’avenir.

Je pense à tous ces moments où j’étais bien à tes côtés où je pensais qu’il était doux de t’avoir près de moi, où j’étais sûr que ça durerait toujours.

Je pense aussi à tous ceux où j’ai négligé de te dire je t’aime, ou j’ai perdu de vue que tu étais la chose la plus précieuse que je possède, que rien n’est jamais acquis, qu’il suffit d’un petit caillou dans la machine. Et toi des cailloux tu en as 7,7 millions dans la chaussette.

Je pense à toutes ces fois où je me suis retrouvée dans cette salle d’attente à me ronger les ongles en jurant que si tu survis j’arrêterais de fumer, de dire des gros mots, de me ronger les ongles. Je ferais de l’associatif, je tendrais la joue gauche même à ceux qui te veulent du mal…

Ca y’est on y est. La porte a laissé passer un homme en blouse verte couverte de sang. Ton sang ? Je ne veux pas qu’il soit là. Finalement je ne veux pas savoir. Je veux rester dans cette salle à attendre toute ma vie. Tout plutôt que ta mort. Sauf que la vie ça ne marche pas comme ça : « The show must go one », alors je me lève, les jambes tremblantes et m’avance en cherchant dans les yeux de l’autre un indice, quelque chose, n’importe quoi qui me dirait qu’il y a encore des raisons d’avoir de l’espoir.

– Alors docteur ?

– Son état est stationnaire mais c’est encore trop tôt pour dire si elle va s’en sortir.

Tu vois Démocratie, il y’a encore une petite lumière au bout du chemin, une petite étincelle qui peut te ramener à la vie si le fascisme ne la souffle pas dimanche.

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