American way of life

Lama des jardins de la Fabuloserie
La fabuloserie ©Flash fiction

La micro-nouvelle qui s’exprime en vers.

Trente-quatre âmes à attendre la mort

Huit tueurs face à l’injection létal

Pourvu au moins qu’elle soit prompt et fatal

Pour ces prédateurs devenus herbivores

 

Sept d’un coup crie le vaillant petit tailleur

Du conte de fée à la réalité,

Combien d’êtres tue-t-on à la journée ?

Huit en dix jours déplore le gouverneur

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Sous les déchets, l’humain

Manège de petit Pierre, La fabuloserie
Manège de petit Pierre, La fabuloserie – Crédit : Flash-fiction
La micro-nouvelle qui se dit que la vérité est ailleurs.

Imaginez une photo. Une classique, pas de sépia ou de noir et blanc. Pas de polaroïd, juste un rectangle de 12cm sur 9 avec la texture si particulière de la capture du réel. Sur ce papier lustré, on voit se dessiner une scène banale. Ça pourrait être le souvenir d’un repas dominical où toute la famille se serre autour de la table mais disons qu’il s’agit d’un monument, n’importe lequel : la tour Eiffel, Big Ben, la place Saint-Marc…  C’est un cliché de touriste de ceux qu’on moque chez les autres mais qu’on s’empresse de mitrailler quand enfin c’est nous qui pouvons, nous pavaner en terre inconnue foulée par des milliers d’autres avant vous, moi, nous.

Bien-sûr elle est mal cadrée, floue aussi avec une lumière peu flatteuse. Comme elle est moderne le premier plan est occupé par le visage souriant d’un humain, un selfie comme on dit. Le plus souvent elle représente une preuve de notre passage, de notre bonheur, parfois de notre richesse. Elle tourne dans les dîners entre amis, sur Facebook ou en famille. On like, on s’extasie, on demande des détails techniques : c’est aussi beau qu’on le dit ? Combien de mètres, de marches ? Quelle époque ? Et les touristes y’en avait pas trop ?

Mais personne ne s’intéresse jamais à ce qui est hors cadre. Personne ne se demande si décalée de quelques mètres à gauche, elle ne dévoilerait pas la misère d’un bidonville ou un couple adultère qui profite d’une escapade à l’étranger… Lire la suite « Sous les déchets, l’humain »

L’épreuve des ex

La micro-nouvelle qui vous suggère de prendre soin de vos ex
L'épreuve des ex
© Flashfiction – Street art Belgique

C. attrapa son carnet d’adresses qu’elle se mit à feuilleter, la mine boudeuse. La plupart des gens ont abandonné le papier pour tout stocker sur un support numérique quelconque, mais pas elle. Elle apprécie le contact des feuilles de papier alors qu’elle passe d’une lettre à une autre. Et par-dessus tout, elle attache de l’importance à la temporalité. Le temps de changer une carte Sim et vous perdez la moitié de vos contacts sans même vous en apercevoir. C. conserve tous les gens suffisamment importants pour avoir eu un jour leur numéro depuis le collège. Bien sûr ça ne signifie pas que tous seraient heureux de l’entendre.

– Allô, E. ? C’est C…. Allô ? Allô ?

– Salut, c’est C.

– T’as du culot toi.

– Allô ? Putainnnn !

– Allô, M. ?

– Oui.

– S’il te plaît ne raccroche pas c’est C.

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Juste discuter. Est-ce qu’on peut se retrouver pour un café ?

– Écoute, j’ai pas vraiment le temps et puis je suis pas sûr d’avoir envie de te parler…

– Je t’en prie, 5mn et je te laisse tranquille.

– (soupir) ok, au café en bas de chez moi.

C. arrive en avance, persuadée que M. ne l’attendra pas plus de 3 secondes s’il ne la voit pas. Elle s’assoit en face de la porte, commande un café et passe le temps en observant les tables alentour. M. est du genre ponctuel, mais pas aujourd’hui, sûrement pour lui montrer qu’il n’est pas à sa disposition, pense-t-elle.

Au deuxième café, il arrive enfin. Comme toujours son visage n’exprime rien. Il a l’air parfaitement tranquille et détendu. Elle a toujours admiré ça chez lui et aimé ça aussi à une époque. Lire la suite « L’épreuve des ex »

Par les liens sacrés du mariage

La micro-nouvelle qui vous conte le plus beau jour de votre vie ou pas…
Par les liens sacrés du mariage
©Kim Daniel Unsplash

Quand j’étais petite j’aimais beaucoup cette photo. J’étais une enfant contemplative et je pouvais passer de longues heures à tourner les pages des albums de famille, assise à même le sol du bureau de mon père. Invariablement je terminais mon examen minutieux par celle-ci. Je la sortais de sa protection plastique et tout en la contemplant j’en écornais les coins. Je détaillais un à un chaque personne, leur costume, leur visage. De gauche à droite s’étalait toute ma famille maternelle et paternelle. Je m’amusais de l’énorme moustache de mon grand-père A. et du strabisme de mon cousin K. C’est la seule photo où sont réunis les deux clans dont je suis issue. Comme vous, je ne connais la plupart d’entre eux qu’à travers ce cliché pris le jour du mariage de mes parents. Ma parentèle maternelle disparut aussitôt la dernière danse jouée. Lire la suite « Par les liens sacrés du mariage »

Vous avez un message

La micro-nouvelle qui vous raconte les dessous du FBI.
Flash fiction "vous avez un message"
Street art Milan © Flash-fiction

7h52, accrocher le pardessus, frotter les manches usées 3 fois, s’asseoir sur la chaise et la faire rouler 4 fois, 1 fois par roulette, celle de gauche a le roulement un peu usé. Caresser la troisième feuille de la plante dépolluante et lui dire bonjour pour qu’elle continue à assainir l’air des mauvaises particules. 7h59, appuyer sur le bouton « on » de l’ordinateur, vérifier que la souris roule bien, un quart de cercle à gauche, haut-bas-haut-haut, cercle complet. Ouvrir le premier tiroir, le fermer, l’ouvrir, sortir le petit soldat de plomb, l’installer à côté du téléphone pour protéger des mauvaises nouvelles. Taper le mot de passe, effacer le mot de passe, taper le mot de passe, effacer le mot de passe, taper le mot de passe plus lentement, surtout ne pas faire d’erreur. Sortir la tasse I ♥ NY, tirer sur l’anse de toutes ses forces, la poser à 20 cm des bords du bureau et à 10 de la souris, faire un grand geste pour vérifier qu’elle n’est pas sur la trajectoire et recommencer. Commencer à travailler, ne jamais lever les yeux plus haut que le bord de la cloison. Lire la suite « Vous avez un message »

Et en dessert ? Un « cuni » s’il vous plaît.

cunilingus prohibition - Flash Fiction
© Unsplash

La micro-nouvelle qui vous raconte l’art du sexe oral.

Un léger grattement résonna dans le salon silencieux. La lourde porte s’entrouvrit. Cachée par sa capuche, N. prit le temps de détailler son visage. Il avait les traits délicats, des yeux profondément enfoncés dans leur orbite, un nez long mais fin. Sa barbe était taillée courte et avec régularité. Il n’était pas à proprement parlé beau mais il n’était pas non plus repoussant. Pour la centième fois N. se demanda ce qui pouvait pousser un homme comme lui à faire ce qu’il faisait. Il était riche, respecté. Et il n’était pas hideux (son hypothèse la plus sérieuse). Il aurait pu se trouver, au pire, une belle femme intéressée, au mieux, une gentille femme qui l’aurait aimé. Au lieu de ça, il vivait seul dans cette immense villa dont le personnel, pour des raisons bien évidentes, était peu nombreux.

N. fit quelques pas dans le salon. A. referma la lourde porte derrière eux puis se tint immobile. Par expérience, il savait qu’elle avait besoin de temps.

N. balaya du regard la pièce, un peu par curiosité, beaucoup pour gagner du temps. Il avait le goût des riches qui l’ont toujours été. C’était cossu mais sans ostentation.

N. finit par se retourner.

– Comment procède-t-on?

– D’abord on dîne. Lire la suite « Et en dessert ? Un « cuni » s’il vous plaît. »

Exodus

Souvenirs d’une petite fille qui venait d’avoir 7 ans, elle s’appelait Velvet Evans.
Exodus - flashfiction
©unslpash-jordy-neow

C’était une froide journée de novembre, un peu de fièvre m’avait obligé à manquer l’école. Papa qui, comme chaque jour, était parti travailler  très tôt, est revenu à la maison pour nous annoncer que nous partions le jour même pour rejoindre le Cap Breton où j’avais un vague cousin.

Je me souviens encore de sa voix tremblante quand il nous confirma ce que nous redoutions tant.

Ce jour-là maman avait fait la lessive et tout le linge séchait dans notre petit logement. Ce fut un vrai branle-bas de combat ! Maman ne cessait de répéter « oh my God ! Oh my God » en décrochant un à un les slips de papa. En d’autres circonstances cela aurait pu me faire rire…

En l’espace de quelques heures, toute notre vie était chargée à l’arrière du vieux Pick-up rouge de papa. J’avais aidé comme je pouvais…

Maman dû laisser derrière elle ses parents. Trop âgés, ils refusaient de quitter la ferme dans laquelle ils avaient vécu toute leur vie. Ils préféraient mourir, les pauvres hères. Ce fut un au-revoir qui avait les accents d’un adieu.

Je n’étais qu’une petite fille mais je sentais l’angoisse de mes parents. Je surprenais constamment leurs chuchotements inquiets qui cessaient dès qu’ils m’apercevaient. Mon père me souriait alors, mâchoires crispées, et se lançait dans un petit discours enjoué. Je crois qu’au-delà de tout, c’est ce qui me terrifia le plus.

Puis nous avons pris la route. Ce fut un moment très excitant pour moi. Je n’avais que 7 ans et pour moi ce voyage ressemblait sacrément à un départ en vacance. Je passais le plus clair de mon temps le nez collé à la fenêtre. C’était la première fois que je voyais le paysage changer au grès des kilomètres.

Bientôt nous n’étions plus seuls. Petit à petit, par grappe, la route se remplissait. De gros 4×4 me bouchaient la vue, des motos zigzaguaient entre les véhicules, de petites voitures dont le bas de caisse touchaient presque le sol, croulaient sous l’amas de possessions diverses, j’ai même vu une charrette tirée par un cheval. En quelques heures à peine nous nous transformâmes en une file ininterrompue fait de bric et de broc.

Bien vite, cela engendra des drames. Lire la suite « Exodus »