L’enfant végétal

La micro-nouvelle qui l’a perdu.
L'enfant végétal
©pixabay

Je sens mon ventre qui se déchire et c’est de mon cœur que j’accouche. J’entends les murmures de mon homme et je voudrais lui arracher la langue avec les dents. J’ai le goût salé de la sueur et des larmes dans la bouche mais c’est bien mon seul point commun avec la « mère ».

C’est un bébé bleu qu’on me dépose sur la poitrine et je voudrais crever, échanger ma vie pour la sienne, ne jamais l’avoir conçu. Je voudrais continuer à le rêver pour toujours, ne pas sentir sa peau si froide contre la mienne, ne pas voir son visage qui a tellement l’air de dormir.

Et puis, vite, vite lui donner un nom qu’il ne portera jamais, des vêtements qu’il ne tâchera pas. Choisir la musique, un texte et une boîte en bois si minuscule que je pourrais la ranger dans mon utérus. Lire la suite « L’enfant végétal »

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Et si vous n’aviez pas suivi la carte

La micro-nouvelle qui n’a pas su protéger ses enfants.

flash fiction et si vous n'aviez pas suivi la carte
©lukas budimaier unsplash

Un petit bruit sourd claqua et un flot de liquide pétillant jaillit de la bouteille. Trois coupes s’approchèrent du goulot pour prélever le précieux nectar.

Erwin : Alors vous déménagez quand ?

Mathias : Officiellement, elle est à nous depuis hier mais on va attendre les prochaines vacances scolaires pour faciliter la transition pour Dom. Cécile reste ici et je pars en éclaireur.

Nadia : En tout cas, les photos sont sublimes. Toutes ces boiseries, ça fait rêver !

Mathias : Et pour le quartier, on a vraiment fait une affaire.

Nadia : Et pour la scolarité vous avez vérifié ?

Cécile : On a même visité le lycée. C’est vrai que ce ne sera que dans 8 ans mais c’était un critère extrêmement important pour nous. Il a de très bons résultats au bac. Les règles sont strictes. On est aux anges !

Mathias : Moi j’ai surtout regardé la côte du club de tennis mais Cécile n’a rien laissé au hasard. Une maison parfaite dans une ville parfaite. On a même rencontré le prêtre. Le type est jeune, sympa. C’est lui qui s’occupe du catéchisme. Lire la suite « Et si vous n’aviez pas suivi la carte »

Où l’on apprend que lapon est à sami ce que nègre est à noir

La micro-nouvelle polaire

paysage de glace
©gratisography

Melvin posa un pied à terre et senti aussitôt sa chaussure vernie se gorger de neige fondue. Il faudrait qu’il s’équipe… Il n’avait eu que le temps de rassembler son matériel et de sauter dans le seul et unique train qui pouvait l’emmener à l’extrême nord du pays.

Quand à 6h ce matin, on avait frappé à la porte de sa chambre de bonne, il était bien décidé à ne pas répondre, persuadé que derrière se cachait Björklund, son gras et colérique propriétaire venu réclamer les 2 mois de loyer en retard.

Quand on avait crié avec une voix inconnue « ouvrez ou nous enfonçons la porte », il avait trouvé la méthode un brin violente pour 3 petits loyers. Il avait jugé plus prudent d’ouvrir pour s’épargner les frais de remplacement de la porte. C’est ainsi qu’il s’était retrouvé face à la moustache de deux gardes au regard plein de mépris pour son caleçon long aux tâches douteuses.

Le  « Au nom du roi, veuillez nous suivre » avait achevé de le convaincre que ses 5 loyers impayés n’étaient pour rien dans l’affaire. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il s’était retrouvé dans un petit bureau confortable, devant un feu ronflant, à écouter un représentant du gouvernement lui offrir du travail.

C’est de cette façon qu’il se retrouva dans son unique costume, sa fine moustache gelée, face à une étendue blanche d’une beauté à couper le souffle. Il pataugea jusqu’à la porte et se présenta au chef de la garde chargé de la province. Lire la suite « Où l’on apprend que lapon est à sami ce que nègre est à noir »

Faena

La micro-nouvelle qui prend des risques

 

Femme en rouge
© Quentin Keller Unsplash

–  Allez mon ange, mange !

Accoudé à la table de cuisine, Estéban enfourne la cuillère dans la bouche de sa fille. Il récupère le surplus de compote aux commissures des lèvres et recommence inlassablement. Il ne prête pas attention au filet de bave qui dégouline sur le menton d’Effie ni à ses mains qui ne cessent de s’agiter. Estéban regarde sa fille avec tendresse et comme toujours le sourire qui naissait au coin de sa bouche se transforme en une grimace douloureuse. Ses yeux glissent sur son crâne enfoncé, sur ses membres tordus, atrophiés, laissés  à des errances vagabondes par un cerveau à la dérive. Pourtant il a appris à aimer chaque parcelle de sa fille. Il n’évite jamais ses grands yeux noirs qui s’accrochent parfois aux siens.

Hier il a cru y lire quelque chose : « Papa je suis prête. » Un petit sanglot lui échappe, il se serait arraché le coeur pour l’entendre l’appeler « papa ».

Alors lentement il la prend dans ses bras. Aujourd’hui c’est le jour de la faena. Délicatement il l’allonge sur un lourd drap de velours blanc. Il a lavé ses mains et son visage, coiffé ses cheveux, déposé un soupçon de rouge sur ses lèvres. Des larmes embuent ses yeux. Il y a longtemps qu’il a arrêté de demander pardon. De l’index,  il écarte une mèche de cheveux, suit l’arête de la mâchoire. Il dépose un baiser sur son front puis un coussin rouge vient lui masquer son visage. Et il appuie de toutes ses forces. Il voit ses bras et ses jambes qui tressautent tandis qu’il s’absente, remontant 15 ans en arrière là où la fin a commencé.

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L’habit ne fait pas le pyromane

L'habit ne fait pas le pyromane
©unsplash

Une micro-nouvelle qui va vous donner des bouffées de chaleur

Des lambeaux de son costume se consument doucement dans l’atmosphère de fournaise qui les entoure. L’homme agenouillé au sol à la peau noire de suie, ses épaules sont prises de secousses irrépressibles. Derrière lui le pompier s’est arrêté, fasciné: « comment cet homme peut-il être encore en vie ? ». Devant lui des hectares de forêt noire sont partis en fumée. Lire la suite « L’habit ne fait pas le pyromane »

En immersion dans une école de journalisme hongroise

Femme noyée
©unsplash.com

La micro-nouvelle encore plus horrible que la réalité.

– Bien, tout le monde s’arrête, on passe en classe pour le débriefing.
Les 22 élèves se dirigèrent, riant et se bousculant, vers le bâtiment de brique. Arrivés dans l’amphithéâtre, chacun prit sa place pendant que le professeur mettait en route la télé.
La première scène apparût à l’écran, filmée sous 3 angles simultanés. La classe avait été séparée en 2, moitié migrants, moitié police. 2 d’entre eux avaient pour tâche de couvrir l’événement comme de véritables journalistes. Le jeune homme restait impassible face à la caméra commentant la rafle policière qui se déroulait dans son dos.

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Un enterrement bling bling

Voiture dans une toute petite rue
©gratisography

« Le suicide est un péché que l’église ne saurait tolérer. » Un pincement lui déchire toujours le cœur lorsqu’elle passe devant le monstre de pierre qui a refusé d’enterrer son fils. Chaque jour, à l’approche de la petite place, son pas se fait moins traînant, son dos se redresse et, les lèvres pincées, elle défie Dieu.

Aujourd’hui une vague rumeur fébrile parcourt les rues. Elle ne sait pas pourquoi mais son cœur bat plus fort. Elle presse le pas, elle court presque sur les derniers mètres. Lire la suite « Un enterrement bling bling »