Journal d’un rayonnage

fruits rouges surgelés en gros plan
©unslpash

Samedi 02 avril, 16h30

Un micro-texte animiste

Madame Deschênes est encore passée à l’heure de pointe. Celle-là, elle ne s’arrête jamais devant moi. Hautaine, fière, elle ne daigne jamais me jeter un regard. Les gueules cassées, les non calibrés, ça ne l’intéresse pas.

Remarquez c’est pas que ça m’embête, je l’aime pas non plus avec son air de pimbêche et puis elle a les mains baladeuses ! Mes collègues des fruits et légumes, les normaux, les beaux, pas les comme nous, ils n’en peuvent plus de se faire tâter la pulpe par cette vieille peau. Elle pue en plus ! Un mélange de cadavre et de mixa bébé, j’en ai les étagères qui se dessoudent. Et je m’y connais en odeur de cadavre j’ai fait le rayon barbaque pendant 5 ans.

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Si je t’offrais une étoile…

Etoile filante
©unslpash

Si je t’offrais une Etoile

Elle serait bancale
Elle aurait ce je ne sais quoi
Qui m’a plu chez toi
Elle aurait une branche de traviole
La gueule de celle qui se désespère
D’être du mauvais côté de Jupiter

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La borgne et le petit prince

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Un micro-texte sans queue ni tête.

– Tu m’avais promis de me décrocher la lune,  serment solennel et main sur le cœur ! Et en lieu et place d’un astre palpitant j’ai quoi ? Un mec qui rame ! Ça pour ramer tu rames mon pauvre ami ! Tu rames et pas joliment en plus. Toute cette sueur qui te dégouline du visage ça me dégoûte ! Je préfère regarder ailleurs, je sens que j’ai le cœur au bord des lèvres. Et quand il s’échappe c’est tout une histoire. Il faut appeler l’Attrape-cœurs et ça me coûte un bras, déjà que j’ai un œil de verre… Lire la suite « La borgne et le petit prince »

Le doudou

Homme en déguisement de lapin de dos
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Un micro-texte sur l’étude comparative de l’utilité du doudou dans la prime enfance.

Le nin-nin n’est pas fait pour la machine à laver, il s’y dessèche, ne vit pas bien le climat. C’est alors tout un art de le réhydrater. Informe, baveux et noir de crasse c’est comme ça qu’il est aimé. Comme quoi l’amour de la beauté, ça n’a rien d’inné. Lire la suite « Le doudou »

Complexe, cachette et voyeurisme

©unsplash
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Un micro-texte pour se cacher.

Je l’ai remarquée dès les douches. Ma grande serviette savamment enturbannée pour ne rien laisser voir de mon corps disgracieux, cachée dans un coin. Je n’osais pas y aller. Mes yeux erraient à la recherche d’un regard amical et je suis tombée sur elle; elle m’a souri, a attrapé son sac et s’est dirigée, la démarche souple, vers les plongeoirs.

J’aime les gens qui ignorent qu’ils sont beaux. L’insouciance sublime la finesse de leurs traits, l’humilité les transcende. Lire la suite « Complexe, cachette et voyeurisme »

Vous avez la montre, nous avons le temps

Afrique vue de l'espace
© 4free photos

Un micro-texte à lire en voyage.

Un proverbe béninois dit : « Vous avez la montre, nous avons le temps ».

S’il ne m’a jamais été donné de vérifier le proverbe  » tu vas pas nous en chier une pendule », j’ai profondément et intimement pu éprouver l’autre.

Derrière mes paupières clauses, je me revois  regarder le soleil se lever et rater mon train dont personne, pas même le chef de gare, n’a pu me donner l’heure de départ. Qu’importe, je ferais le trajet sur le toit d’un mini bus. 10h, qu’est ce que c’est dans la vie d’un Homme ? 10 longues heures de piste plus ou moins praticable, une poule sur les genoux et un homme qui ne cesse de rire en face de moi.

Je pense à mon père qui s’ébroue à 5h du matin les jours de départ en vacances et qui, mètre en main, s’interroge de longues minutes sur l’endroit où caser la vanity. Lire la suite « Vous avez la montre, nous avons le temps »

A la sortie du métro

©gratisography
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Un micro-texte à lire à 8h du mat’

Voilà des mois que la petite place n’a pas été aussi jolie. Le printemps tant attendu pointe enfin son nez : quelques touches de vert habillent les arbres, le soleil tend ses rayons encore engourdis par l’hiver tandis qu’une brise fraîche amène les premières fragrances du retour à la vie.

Il est tôt et la petite station de métro vomi son lot quotidien de parisiens à la gueule chiffonnée. Grisâtres, excédés par la promiscuité, suants et maussades, ils ne décrochent pas un mot, happés par la rumeur de la rue, les cliquetis de l’escalator, les cris épars et incompréhensibles, le froissement des journaux, la musique assourdie des artistes de rue.

Une voie trop haut perchée, venue du fond de la station, vient bientôt interrompre cette mécanique bien huilée :

– Ils sont incroyables les gens ! Incapables de te laisser sortir de là ! Et ça s’sert, et ça s’sert. Pathétique. Lire la suite « A la sortie du métro »