Sous les déchets, l’humain

Manège de petit Pierre, La fabuloserie
Manège de petit Pierre, La fabuloserie – Crédit : Flash-fiction
La micro-nouvelle qui se dit que la vérité est ailleurs.

Imaginez une photo. Une classique, pas de sépia ou de noir et blanc. Pas de polaroïd, juste un rectangle de 12cm sur 9 avec la texture si particulière de la capture du réel. Sur ce papier lustré, on voit se dessiner une scène banale. Ça pourrait être le souvenir d’un repas dominical où toute la famille se serre autour de la table mais disons qu’il s’agit d’un monument, n’importe lequel : la tour Eiffel, Big Ben, la place Saint-Marc…  C’est un cliché de touriste de ceux qu’on moque chez les autres mais qu’on s’empresse de mitrailler quand enfin c’est nous qui pouvons, nous pavaner en terre inconnue foulée par des milliers d’autres avant vous, moi, nous.

Bien-sûr elle est mal cadrée, floue aussi avec une lumière peu flatteuse. Comme elle est moderne le premier plan est occupé par le visage souriant d’un humain, un selfie comme on dit. Le plus souvent elle représente une preuve de notre passage, de notre bonheur, parfois de notre richesse. Elle tourne dans les dîners entre amis, sur Facebook ou en famille. On like, on s’extasie, on demande des détails techniques : c’est aussi beau qu’on le dit ? Combien de mètres, de marches ? Quelle époque ? Et les touristes y’en avait pas trop ?

Mais personne ne s’intéresse jamais à ce qui est hors cadre. Personne ne se demande si décalée de quelques mètres à gauche, elle ne dévoilerait pas la misère d’un bidonville ou un couple adultère qui profite d’une escapade à l’étranger… Lire la suite « Sous les déchets, l’humain »

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