Et si on était le lundi 3059 mars…

La micro-nouvelle qui passe la nuit debout.

Lundi 41 mars

Lundi 3059 mars
©gratisography

C’est étrange comme je me sens seule. Comme d’habitude je me suis réveillée trop tard et l’histoire s’est écrite sans moi. Mon regard erre d’une canette de bière à un cageot désossé. Je traîne mes savates dans l’air frisquet du petit matin. Entre ombre et lumière, le bruit de machine à laver du balai brosse accompagne mon pas d’humaine perdue. Au milieu de la place, j’aperçois les seules rescapées : quelques fleurs qui déploient leurs pétales gorgés de rosée sous un rayon de soleil encore timide. C’est comme une allégorie : à la fin, quand on aura rangé tous nos espoirs au fond d’une boîte, il ne restera qu’elles, fragiles et indociles.

Je me détourne et les abandonne à leur triste sort. Je lui fais face maintenant. Pour beaucoup c’est du vandalisme… Moi je la trouve belle, avec ses tags et ses affiches, ses dessins et ses bougies. Ça la rend plus humaine toutes ces cicatrices, ça la rend rebelle, un peu comme si elle disait merde à toutes ces statuts grecques trop propre sur elles. C’est comme si elle leur disait « Moi j’ai vécu Charlie, le 13 novembre, Bruxelles et je suis encore debout toute la nuit. Ça m’a abîmée mais c’est quand même moi qu’il préfère. C’est accroché à mon sein qu’ils viennent réclamer du pain. C’est sur mes épaules qu’il se sente assez fort pour défier l’ordre et les puissants ». Mais là, sur la place déserte, elle a l’air triste et désabusé. Ou alors c’est moi ?

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