L’épreuve des ex

La micro-nouvelle qui vous suggère de prendre soin de vos ex
L'épreuve des ex
© Flashfiction – Street art Belgique

C. attrapa son carnet d’adresses qu’elle se mit à feuilleter, la mine boudeuse. La plupart des gens ont abandonné le papier pour tout stocker sur un support numérique quelconque, mais pas elle. Elle apprécie le contact des feuilles de papier alors qu’elle passe d’une lettre à une autre. Et par-dessus tout, elle attache de l’importance à la temporalité. Le temps de changer une carte Sim et vous perdez la moitié de vos contacts sans même vous en apercevoir. C. conserve tous les gens suffisamment importants pour avoir eu un jour leur numéro depuis le collège. Bien sûr ça ne signifie pas que tous seraient heureux de l’entendre.

– Allô, E. ? C’est C…. Allô ? Allô ?

– Salut, c’est C.

– T’as du culot toi.

– Allô ? Putainnnn !

– Allô, M. ?

– Oui.

– S’il te plaît ne raccroche pas c’est C.

– Qu’est-ce que tu veux ?

– Juste discuter. Est-ce qu’on peut se retrouver pour un café ?

– Écoute, j’ai pas vraiment le temps et puis je suis pas sûr d’avoir envie de te parler…

– Je t’en prie, 5mn et je te laisse tranquille.

– (soupir) ok, au café en bas de chez moi.

C. arrive en avance, persuadée que M. ne l’attendra pas plus de 3 secondes s’il ne la voit pas. Elle s’assoit en face de la porte, commande un café et passe le temps en observant les tables alentour. M. est du genre ponctuel, mais pas aujourd’hui, sûrement pour lui montrer qu’il n’est pas à sa disposition, pense-t-elle.

Au deuxième café, il arrive enfin. Comme toujours son visage n’exprime rien. Il a l’air parfaitement tranquille et détendu. Elle a toujours admiré ça chez lui et aimé ça aussi à une époque. Lire la suite « L’épreuve des ex »

Par les liens sacrés du mariage

La micro-nouvelle qui vous conte le plus beau jour de votre vie ou pas…
Par les liens sacrés du mariage
©Kim Daniel Unsplash

Quand j’étais petite j’aimais beaucoup cette photo. J’étais une enfant contemplative et je pouvais passer de longues heures à tourner les pages des albums de famille, assise à même le sol du bureau de mon père. Invariablement je terminais mon examen minutieux par celle-ci. Je la sortais de sa protection plastique et tout en la contemplant j’en écornais les coins. Je détaillais un à un chaque personne, leur costume, leur visage. De gauche à droite s’étalait toute ma famille maternelle et paternelle. Je m’amusais de l’énorme moustache de mon grand-père A. et du strabisme de mon cousin K. C’est la seule photo où sont réunis les deux clans dont je suis issue. Comme vous, je ne connais la plupart d’entre eux qu’à travers ce cliché pris le jour du mariage de mes parents. Ma parentèle maternelle disparut aussitôt la dernière danse jouée. Lire la suite « Par les liens sacrés du mariage »

Vous avez un message

La micro-nouvelle qui vous raconte les dessous du FBI.
Flash fiction "vous avez un message"
Street art Milan © Flash-fiction

7h52, accrocher le pardessus, frotter les manches usées 3 fois, s’asseoir sur la chaise et la faire rouler 4 fois, 1 fois par roulette, celle de gauche a le roulement un peu usé. Caresser la troisième feuille de la plante dépolluante et lui dire bonjour pour qu’elle continue à assainir l’air des mauvaises particules. 7h59, appuyer sur le bouton « on » de l’ordinateur, vérifier que la souris roule bien, un quart de cercle à gauche, haut-bas-haut-haut, cercle complet. Ouvrir le premier tiroir, le fermer, l’ouvrir, sortir le petit soldat de plomb, l’installer à côté du téléphone pour protéger des mauvaises nouvelles. Taper le mot de passe, effacer le mot de passe, taper le mot de passe, effacer le mot de passe, taper le mot de passe plus lentement, surtout ne pas faire d’erreur. Sortir la tasse I ♥ NY, tirer sur l’anse de toutes ses forces, la poser à 20 cm des bords du bureau et à 10 de la souris, faire un grand geste pour vérifier qu’elle n’est pas sur la trajectoire et recommencer. Commencer à travailler, ne jamais lever les yeux plus haut que le bord de la cloison. Lire la suite « Vous avez un message »

Et en dessert ? Un « cuni » s’il vous plaît.

cunilingus prohibition - Flash Fiction
© Unsplash

La micro-nouvelle qui vous raconte l’art du sexe oral.

Un léger grattement résonna dans le salon silencieux. La lourde porte s’entrouvrit. Cachée par sa capuche, N. prit le temps de détailler son visage. Il avait les traits délicats, des yeux profondément enfoncés dans leur orbite, un nez long mais fin. Sa barbe était taillée courte et avec régularité. Il n’était pas à proprement parlé beau mais il n’était pas non plus repoussant. Pour la centième fois N. se demanda ce qui pouvait pousser un homme comme lui à faire ce qu’il faisait. Il était riche, respecté. Et il n’était pas hideux (son hypothèse la plus sérieuse). Il aurait pu se trouver, au pire, une belle femme intéressée, au mieux, une gentille femme qui l’aurait aimé. Au lieu de ça, il vivait seul dans cette immense villa dont le personnel, pour des raisons bien évidentes, était peu nombreux.

N. fit quelques pas dans le salon. A. referma la lourde porte derrière eux puis se tint immobile. Par expérience, il savait qu’elle avait besoin de temps.

N. balaya du regard la pièce, un peu par curiosité, beaucoup pour gagner du temps. Il avait le goût des riches qui l’ont toujours été. C’était cossu mais sans ostentation.

N. finit par se retourner.

– Comment procède-t-on?

– D’abord on dîne. Lire la suite « Et en dessert ? Un « cuni » s’il vous plaît. »

Et si Louis XVII avait un jumeau…

La micro-nouvelle qui vous raconte le destin d’un jeune dauphin de 10 ans : Louis XVII
revolution francaise
©unslpash / Rachel Davis

Simon jeta un coup d’œil à sa femme. Dans le coin opposé de la pièce, cette dernière, le dos résolument tourné à son époux, martyrisait un pauvre morceau de viande qu’elle assouplissait depuis un bon quart d’heure. Le corps raide, son humeur ne faisait aucun doute. Simon soupira et reposa la semelle qu’il rapiéçait minutieusement :

– Je t’en prie femme, cesse de me punir, je n’y suis pour rien. Ce n’est pas moi qui décide où il doit vivre.

– Ce n’est qu’un enfant Simon ! Quand tes amis aux belles idées sont-ils devenus des bourreaux d’enfants ?

– Oh arrête de dramatiser ! Il n’est pas mort enfin, il est juste… juste…

– Juste enfermé dans un cachot sordide et froid où il ne voit personne depuis des mois. Vous auriez eu plus de charité en lui coupant la tête, au moins il ne souffrirait plus.

– Il est dangereux Adèle.

– Il a 10 ans Simon. De quoi avez-vous peur ? Qu’il vous vole vos jouets ? Qu’il t’enfonce une épée dans les tripes ? Il pourrait à peine soulever un poignard !

– Ce n’est pas si simple ! Est-ce que tu te rends compte que nous vivons dans un monde que nous ne connaissons plus.

– Écoute-moi bien Simon Tagnard, tu vas sauver cet enfant et vite sinon tu n’es plus mon mari.

Sans plus ajouter un mot, elle se retourna. La conversation était close.

Simon lança un regard au dos de sa femme où se mêlait colère et honte, se leva, attrapa une paire de godillots et sortit.

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Qu’entend-on lorsqu’on est sourd ?

Feux d'artifice
©unslpash

Un micro-texte qui va faire du bruit.

Depuis toujours mon monde ne parle pas, ne chante pas, ne crie pas. Je vois vos lèvres bouger tel un ballet d’opéra mais je n’entends pas. Je sens l’odeur des pommes de terre qui rissolent dans la poêle mais leur grésillement est un mystère pour moi. Je peux caresser et goûter la peau de ma femme mais aucun crie ne ponctue nos ébats. Depuis toujours mon monde n’est que silence, je suis sourde de naissance. Lire la suite « Qu’entend-on lorsqu’on est sourd ? »

…Dans ton cul


 La micro-nouvelle qui vous explique comment faire passer le hoquet.
flash-fiction - Dans ton cul
©gratisography

C’était un matin brumeux d’une banalité morne et humide. Ce matin-là, comme tous les autres, du lundi au vendredi, le réveil de Roger ( Mimiche pour les copains) sonnait à 4h. Roger était comme le matin : d’une banalité à pleurer. Grande gueule, castagneur, macho, un homme, un vrai, avec des poils et des auréoles sous les bras. Ce matin-là donc ne différait en rien, excepté par la contraction involontaire de son diaphragme et autres muscles inspiratoires. Plus simplement, Mimiche avait le hoquet, ce qui le mit de fort méchante humeur. Il engueula sa fille, mis une tarte à sa femme et se sentit tout de suite mieux. Seulement le hoquet ne passa pas. La journée entière, la semaine, le mois… Roger n’en pouvait plus, les crises étaient si violentes qu’il en vomissait tripe et boyaux. Il se mit à perdre du poids et ses dents sous l’effet de l’acidité gastrique.

Il essaya tous les remèdes de grand-mère connus : grand verre d’eau la tête à l’envers, sucre trempé dans du vinaigre, glaçon sur le nombril, massage du palais… Absolument rien ne fonctionna. Il réussit seulement à devenir le con de son groupe d’amis qui s’amusaient beaucoup à lui faire faire toute sorte de chose en lui assurant que « le remède était infaillible pour les hoquets persistants ». Le jour où il fut assez désespéré pour se retrouver en slip avec une tulipe dans l’oreille signa la fin de leur amitié.

Et le début d’un long parcours médical. Roger consulta à tout va généralistes et spécialistes. Traitements et examens médicaux s’enchaînèrent sans aucun effet. On rechercha toutes les causes possibles mais il fallut se rendre à l’évidence, physiquement rien ne clochait. En désespoir de cause, on lui conseilla le psy et Mimiche tapa dans un mur, le psy c’était pour les lopettes. Lire la suite « …Dans ton cul »